Anne van der Linden, née en 1959, est peintre et dessinatrice. Elle vit à
Saint-Denis. De formation littéraire, elle vient très tôt au dessin, puis à
la peinture. Après une période abstraite, elle développe à partir des années
quatre-vingt-dix le style figuratif et cru qu’on lui connaît.
Son travail se rattache à l’expressionnisme allemand, aux gravures
médiévales, à des dessinateurs comme Robert Crumb, et à bien d’autres
filiations. Elle travaille également dans l’illustration, pour des livres de
poésie et de littérature comme pour la presse.
À travers les arts visuels, elle cherche à exprimer les interactions tendues
entre vie sauvage intérieure et normalisation sociale. Son œuvre a été
largement exposée et publiée, en France et à l’étranger.

Acrylique sur toile, 130 × 162 cm, 2016
Anne van der Linden ou le Vice suprême
Texte de Frédéric Roulette pour la rétrospective Anne van der Linden ou le Vice suprême, œuvres de 1993 à 2023 —
Atelier Basfroi, 23 rue Basfroi, Paris 11e, du 15 au 20 mai 2023
La peinture d’Anne van der Linden a déjà donné lieu à de nombreuses digressions. D’aucuns y ont vu l’expression contemporaine d’exactions freudiennes, d’autres le simple prolongement de ses dessins emblématiques. Pour ma part elle m’est toujours apparue comme s’inscrivant dans la grande tradition de la peinture visionnaire, trop longtemps méprisée par les avant-gardes et l’art officiel.
Jugée trop narrative, cette peinture n’a-t-elle pas été longtemps considérée comme réactionnaire ?! C’est oublier bien vite l’importance des Jérôme Bosch, Brueghel, l’apport des fresquistes romans ou, plus près de nous, de Félicien Rops, d’Alfred Courmes ou de Teofil Ociepka. Je crois qu’AVDL ne renierait ni les uns ni les autres, car sa peinture relève de cet héritage et de la fin du cloisonnement des disciplines — peinture, arts graphiques, musique — de la fin des années 70. Sa peinture doit autant à l’apport des primitifs, des symbolistes, des fauves de toutes sortes, qu’à la libre figuration et à la culture trash punk ; elle se nourrit tant d’une culture populaire et littéraire anachronique que du néoréalisme des activistes allemands et français du début des années 80. Elle est cinglante, flamboyante et brutale.
On imagine aujourd’hui qu’AVDL est, à l’image d’autres artistes de sa génération, issue de la mouvance du fanzine, alors que son parcours est beaucoup plus classique et que ses premiers émois furent tout d’abord matiéristes, empreints d’abstraction lyrique. Sa rencontre, très jeune, ses échanges et sa collaboration avec le performer iconoclaste, érudit et radical Jean-Louis Costes vont alors l’amener à se détacher de la simple recherche plastique pour prendre part à la lutte active, anticonformiste, qualifiée par le duo d’hérétique, en opposition à tout ordre et diktat moral ou religieux.
Grünewald animait les démons, Ensor faisait danser les morts, Füssli visitait nos peurs les plus intimes ; AVDL va ouvrir bien grand la boîte de Pandore et l’assortir de l’incommensurable bestiaire des fantasmes féminins. Animisme, sexualité, homicide, pénétration, procréation, défécation : elle va créer une nouvelle sphère d’investigation dans son jardin des désirs du tournant du XXIe siècle.
Dès lors son œuvre va prendre place comme une traînée de poudre dans le circuit alternatif européen. La galerie Un Regard Moderne exposera ses dessins, Jean Rouzaud et Jean-François Bizot les visionnaires lui apporteront leur soutien, Pascal Saumade fut un des premiers à programmer sa peinture, après Cannibal Pierce et Claude Brabant, au sein du mythique Espace Hérault dédié à la figuration libre, puis me présentera Anne à la fin des années 90 — pour que depuis je n’aie de cesse de défendre et de promouvoir son travail.
AVDL va ainsi contribuer à l’avènement de ce qu’Olivier Allemane qualifiera plus tard de « vague scélérate », prolongement de l’avant-scène libertaire, de « l’Esprit français » célébré à la Maison Rouge ; et tout en restant en lien avec Jean-Louis Costes, elle collaborera avec Pascal Doury, Bruno Richard, et l’entourage du groupe Bazooka. Elle intégrera le groupe des Violentes Femmes, aux côtés de Buil, Enjalbert, Siecinska et Torres, au début des années 2000, et cofondera avec son camarade de jeu Olivier Allemane la revue Freak Wave à la même période.
Son œuvre graphique est célébrée tant par l’icône du dessin satirique, l’immense Willem, que par Robert Combas, le critique Jean Seisser, jusqu’à l’auteur et éditeur éclairé et fulgurant Stéphane Blanquet. Pour ma part j’ai toujours perçu dans son travail la marque des grands duettistes, capables de mener en écho et avec le même brio l’œuvre dessinée et l’œuvre peinte : les Hogarth, les Daumier, Topor, ou Grandville. J’ai donc choisi de privilégier depuis plus de vingt ans sa peinture, plus difficilement adoubée, comme pour ses illustres prédécesseurs, et exprimant pourtant toute la plénitude de sa vision.
Dans ses dernières périodes, la série des petits métiers, ou ses jungles, AVDL corrobore son attachement à la fois à la peinture de genre et à l’art illuminé. On ne peut s’empêcher de penser à une Gontcharova qui aurait pris un speed avec Clovis Trouille en lisant du Mallarmé ; j’y retrouve aussi l’esprit des petits maîtres graveurs hollandais du XVIIe. Elle passe ainsi de la corporation au corps, et emprunte, plus au nord encore, à Emil Nolde dans son rapport à l’exotisme. Et si AVDL hurle ici la couleur, elle la véhicule par la chair et la distille éclatante et dense dans sa trame narrative. Elle parvient ainsi à une rare adéquation fond-forme, tant les deux propos fusionnent et nous interpellent en un râle jouissif et transgressif.
Comme l’avait très justement fait remarquer AVDL, de genre à dégénéré il n’y a qu’un souffle, et c’est bien d’une certaine déliquescence de l’humanité, issue des nouvelles contraintes sociales, qu’AVDL souhaite nous parler. Qu’est-ce qui nous relie aujourd’hui : le travail, l’argent, la famille, la violence, la sexualité ?! Quelle position adopter avec notre singularité dans cette société normée, au temps des supports de force numériques ?! AVDL pourfend le carcan des castes et des cases. Elle revendique une société protéiforme, transgenre, dénuée de rapport de soumission, un joyeux bordel au temps d’anarchie, stigmatisant à l’extrême les excès du nouvel ordre mercantile de la toile mondiale, ce nouveau sanibroyeur de l’exception humaine et de son aspiration première : le droit à l’émancipation dans la différence et la diversité.
Ici rien n’est souligné, tout résulte de son contraire : tour à tour drolatique et féroce, obscène et retenue, crue et complexe, sa peinture déferle en un flot subliminal qui assène autant de coups de boutoir à nos évidences et à l’ordre établi. AVDL dérange, bastonne, se marre ; elle fait partie de ces non-alignés de l’histoire de l’art, électron libre, agitatrice forcenée des lignes et des repères. Elle défie ainsi l’« uninotisme » cynique et désincarné des pourvoyeurs du luxe et de l’artistiquement correct, dévoyés par la loi du marché.
Au feu, les nouveaux pompiers ! Anne les toise du bas du pavé, du bleu du ciel cher à Bataille, et brandit l’étendard du Vice suprême — clin d’œil au sulfureux Péladan — en cette première rétrospective où se déploie toute l’ampleur de son œuvre picturale.
Frédéric Roulette
Les dernières années
2020 — 2023 — 15 toiles

Acrylique sur toile, 116 × 89 cm, 2023

Acrylique sur toile, 146 × 114 cm, 2023

Acrylique sur toile, 60 × 73 cm, 2023

Acrylique sur toile, 116 × 89 cm, 2023

Acrylique sur toile, 38 × 46 cm, 2023

Acrylique sur toile, 130 × 89 cm, 2023

Acrylique sur toile, 146 × 114 cm, 2023

Acrylique sur toile, 54 × 65 cm, 2023

Acrylique sur toile, 116 × 89 cm, 2023

Acrylique sur toile, 92 × 73 cm, 2023

Acrylique sur toile, 100 × 73 cm, 2023

Acrylique sur toile, 82 × 65 cm, 2022

Acrylique sur toile, 116 × 89 cm, 2022

Acrylique sur toile, 162 × 130 cm, 2021
Thème du matriarcat, lié à des problématiques familiales.

Acrylique sur toile, 81 × 100 cm, 2020
Reprend à l’envers le mythe grec.
Les années 2010
2010 — 2019 — 34 toiles

Acrylique sur toile, 56 × 46 cm, 2019
Exposée dans le cadre de l’exposition personnelle « Petits métiers » à la galerie E2, Bruxelles, 2019.

Acrylique sur toile, 116 × 89 cm, 2019

Acrylique sur toile, 130 × 89 cm, 2019

Acrylique sur toile, 162 × 130 cm, 2019

Acrylique sur toile, 162 × 130 cm, 2019
Exposée dans le cadre de l’exposition personnelle « Petits métiers » à la galerie E2, Bruxelles, 2019.

Acrylique sur toile, 46 × 38 cm, 2018
Toile réalisée pour une résidence en Roumanie, au Conacul Otetelișanu, puis exposée à la galerie Romana à Bucarest.

Acrylique sur toile, 46 × 33 cm, 2018
Toile réalisée pour une résidence en Roumanie, au Conacul Otetelișanu, puis exposée à la galerie Romana à Bucarest.

Acrylique sur toile, 46 × 38 cm, 2017

Acrylique sur toile, 65 × 54 cm, 2017
Exposée lors de l’exposition « Le bon genre », en 2020, à la Galerie Frédéric Roulette.

Acrylique sur toile, 81 × 65 cm, 2017

Acrylique sur toile, 55 × 46 cm, 2017

Acrylique sur toile, 81 × 65 cm, 2016

Acrylique sur toile, 95 × 65 cm, 2016
Exposée à la galerie Art’s Factory en 2017.

Acrylique sur toile, 130 × 162 cm, 2016
Toile commandée par Frédéric Roulette en 2016 pour une exposition autour d’une reproduction du XIXe siècle, en petit format, de la toile de Théodore Géricault. L’exposition n’ayant pas eu lieu à la date arrêtée, j’ai exposé la toile en 2017 à la galerie Art’s Factory, où Frédéric Roulette l’a achetée. L’exposition autour du Radeau de la Méduse a finalement eu lieu en 2022 à La Rochelle. La toile a par ailleurs été filmée pendant sa création pour le film « Peaux d’Anne » de Claude Grunspan, en 2017.

Acrylique sur toile, 116 × 89 cm, 2016
Exposée à la galerie Art’s Factory en 2017.

Acrylique sur toile, 51 × 46 cm, 2016

Acrylique sur toile, 46 × 38 cm, 2015
Exposée dans une exposition de groupe à la galerie Corinne Bonnet en 2017, sur un thème suggéré par Olivia Clavel.

Huile sur toile, 114 × 146 cm, 2015

Acrylique sur toile, 100 × 82 cm, 2014

Acrylique sur toile, 65 × 92 cm, 2013

Acrylique sur toile, 120 × 120 cm, 2013
Inspirée de La leçon d’anatomie de Rembrandt, exposée dans « Jambes en l’air », Jean Attali et Anne van der Linden, villa 111, Ivry-sur-Seine.

Acrylique sur toile, 189 × 130 cm, 2013

Acrylique sur toile, 92 × 73 cm, 2013

Acrylique sur toile, 73 × 60 cm, 2013
D’inspiration vaudou, exposée dans « Jambes en l’air », Jean Attali et Anne van der Linden, villa 111, Ivry-sur-Seine.

Acrylique sur toile, 80 × 80 cm, 2012

Acrylique sur toile, 92 × 73 cm, 2012

Acrylique sur toile, 130 × 97 cm, 2012

Acrylique sur toile, 92 × 73 cm, 2012

Acrylique sur toile, 180 × 195 cm, 2011
Exposée en 2012 à la galerie Les Singuliers, exposition « Amour vache », reprenant une thématique de la Conquista espagnole. Mon deuxième plus grand format à ce jour.

Acrylique sur toile, 116 × 89 cm, 2011
Exposée à l’Outsider Art Fair de New York en 2011.

Acrylique sur toile, 190 × 200 cm, 2011
Exposée en 2012 à la galerie Les Singuliers, exposition « Amour vache », reprenant une gravure de la Conquista espagnole. Mon plus grand format à ce jour.

Huile sur toile, 92 × 73 cm, 2011
Exposée à l’Outsider Art Fair de New York en 2011.

Huile sur toile, 130 × 89 cm, 2010
Exposée à la galerie Les Singuliers en 2011, exposition « La magie ».

116 × 89 cm, 2010
Exposée à la galerie Les Singuliers en 2012, exposition « Amour vache ».
Les années 2000
2000 — 2009 — 13 toiles

Huile sur toile, 92 × 73 cm, 2009
Toile acquise par Robert Combas, qui dans l’ensemble préfère mes dessins — je me demande donc s’il ne s’en est pas débarrassé.

Huile sur toile, 100 × 81 cm, 2009
Exposée à la galerie Les Singuliers en 2011, exposition « La magie ». Décore actuellement un cabinet d’avocat.

Huile sur toile, 89 × 116 cm, 2007
Éditée dans « L’imagier du diable », Ragage éditeur, 2008.

Huile sur toile, 100 × 92 cm, 2005
Éditée dans « L’imagier du diable », Ragage éditeur, 2008.

Huile sur toile, 116 × 89 cm, 2005
Exposée avec le groupe d’artistes femmes « Violentes Femmes », initié par la galerie Les Singuliers, au château de Tours en 2005. Éditée dans « L’imagier du diable », Ragage éditeur, 2008.

Huile sur toile, 116 × 89 cm, 2005

Huile sur toile, 130 × 97 cm, 2004
Fait partie de la série réalisée pour le groupe « Violentes Femmes », initié par la galerie Les Singuliers ; la toile a été exposée au château de Tours en 2005. Elle reprend un conte lié à l’avortement, où les femmes au puits lavent et essorent le cadavre de leur fœtus.

Huile sur toile, 130 × 89 cm, 2004
Exposée en 2006 à la galerie Les Singuliers, exposition « Un monde de brutes ».

Huile sur toile, 73 × 60 cm, 2003
Exposée à la galerie Les Singuliers en 2003.

Huile sur toile, 195 × 114 cm, 2003
Fait partie des toiles liées à mes obsessions mammaires.

Huile sur toile, 116 × 89 cm, 2003

Huile sur toile, 130 × 97 cm, 2002
Exposée avec le groupe « Violentes Femmes », initié par la galerie Les Singuliers, au château de Tours en 2005. Éditée dans « L’imagier du diable », Ragage éditeur, 2008.

Huile sur toile, 116 × 89 cm, 2002
Les premières toiles
1992 — 1999 — 10 toiles

Huile sur toile, 117 × 89 cm, 1999

Huile sur toile, 51 × 40 cm, 1999
Un des rares autoportraits.

Huile sur toile, 100 × 100 cm, 1999
Toile réalisée d’après des photos de moi dansant.

Huile sur toile, 117 × 89 cm, 1997
Exposée lors de ma première exposition à la librairie-galerie Un Regard Moderne, en 1998.

Huile sur toile, 130 × 97 cm, 1997
Exposée à Villeurbanne, au mythique Pez Ner, en 1997, pour l’exposition « Assiettes violentes — elles sont de sortie », avec Bruno Richard.

Huile sur toile, 92 × 73 cm, 1994

Huile sur toile, 92,5 × 73 cm, 1993

Huile sur toile, 117 × 89 cm, 1993
Éditée dans « Heavy Meat », JP Faur éditeur. Collection Edith van der Linden.

Huile sur toile, 92,5 × 73 cm, 1993
Une de mes premières toiles sur le thème du SM, éditée dans « Heavy Meat », JP Faur éditeur.

Huile sur toile, 89 × 117 cm, 1992
Parmi mes premières toiles, parue dans mon premier livre « Heavy Meat », JP Faur éditeur. Inspirée d’une gravure sur la Conquista espagnole en Amérique du Sud.